Compagnonnage végétal: mythe ou réalité?

Par défaut
20160602A.png

Compagnonnage végétal: du vrai et du faux

Je vais décevoir beaucoup de lecteurs, mais je ne crois plus au compagnonnage végétal comme tel. J’ai essayé pendant plus d’une décennie de pratiquer les préceptes de cette technique pour finir par ne plus y adhérer, étant donné des résultats très mitigés.

On se rappelle que le compagnonnage végétal est basé sur deux livres écrits par l’Américaine Louise Riotte, Carrots Love Tomatoes: Secrets of Companion Planting et Roses Love Garlic, traduit en français sous les noms Les tomates aiment les carottes et Les rosiers aiment l’ail. Ces livres furent publiés dans les années 1970 et sont encore édités aujourd’hui. Mais on a appris beaucoup de choses sur la culture des légumes depuis 40 ans alors que le compagnonnage végétal est resté figé dans les concepts des années 1970. Il est quand même intéressant de remarquer qu’alors que Mme Riotte prétendait que les carottes aiment les tomates (voir le titre anglais du livre), l’éditeur de la version française a sagement inversé cela et a utilisé Les tomates aiment les carottes, car tout jardinier qui fait l’expérience vous dira que les tomates dominent les carottes qui donnent alors des racines rabougries. Quand le titre-même d’un livre est en soi mensonger, que alors penser du reste de son contenu?

20160602B.jpg

Exemple d’un tableau de compagnonnage végétal: dès qu’on essaie de combiner plus de 3 légumes, on y perd son latin.

Je ne balaie pas le compagnonnage végétal du revers de la main – il y a beaucoup de bonnes idées là-dedans –, mais elles sont enterrées à travers des croyances sans fondements, des demi-vérités et des idées erronées. Surtout, je n’essaie plus de suivre le célèbre tableau de compagnonnage végétal, qui serait censé indiquer quel légume cultiver à côté de quel autre, ainsi que quels légumes ne doivent jamais se voisiner: il rend la planification trop pénible.

Quelques exemples

20160602D.jpg

Les capucines attirent les pucerons au potager.

Un exemple des non-sens parmi les techniques de compagnonnage végétal: planter des capucines (Tropaeolum majus) dans le potager serait censé éloigner les insectes nuisibles, notamment les pucerons. Mais, à ma grande déception, je voyais souvent mes capucines infestées par les mêmes insectes qu’ils étaient censés éloigner et si je ne les arrachais pas rapidement, ils s’étendaient à mes légumes.

20160602E

Les œillets d’Inde seraient censés chasser les nématode du jardin… mais qui a des nématodes?

Un autre exemple? On nous dit que les (Tagetes patula) peuvent aider à contrôler les nématodes nuisibles et c’est vrai que si on cultive exclusivement des œillets d’Inde sur une grande surface, on peut les éliminer… mais pas en compagnonnage: il faut planter exclusivement des œillets d’Inde pendant toute une saison pour éliminer les nématodes. (Lisez Des tagètes contre les nématodes pour en savoir plus sur le sujet.) De toute façon, qui a un problème de nématodes? Pourquoi faire des efforts pour contrer un problème qu’on n’a même pas?

Compagnonnage logique

Aujourd’hui, je pratique plutôt ce que j’appelle un «compagnonnage logique». Par exemple, les grands légumes jettent de l’ombre sur leurs voisins. Ils sont donc à planter à l’extrémité du potager, au nord ou au nord-est. Aussi, la laitue n’apprécie pas la chaleur estivale intense. Quand je fais un deuxième semis de laitue, je le fais souvent au pied d’une plante de tomate dont l’ombrage lui sera bénéfique. Et j’ajoute d’office des fleurs à mon potager pour attirer les pollinisateurs, mais presque n’importe lesquelles, pas spécifiquement les fleurs recommandées dans les tableaux de compagnonnage végétal.

Aussi, certaines plantes, notamment parmi les fines herbes, attirent les insectes bénéfiques. Pas juste des pollinisateurs, mais aussi les insectes prédateurs qui contrôlent les insectes nuisibles, comme les coccinelles et les  chrysopes. Pensez à la tanaisie, le fenouil et l’aneth. Les inclure dans le potager est aussi un exemple de compagnonnage logique.

 

20160602C.jpg

Il y a moins de risques de prédateurs dans une polyculture qu’une monoculture.

Aussi, la culture intercalaire, soit l’idée de mélanger les plantes dans le potager plutôt que de planter en groupes homogènes (monocultures), et ce, afin de confondre les prédateurs, peut aussi être vu, par extension, comme un compagnonnage logique, et je l’applique aussi.

Grande déception

Je sais que plusieurs lecteurs vont être très choqués de ses dires, mais le compagnonnage végétal, et surtout le tableau de compagnonnage, m’ont donné des résultats de tellement mitigés quand je les ai essayé qu’il n’améliorait que très peu mes résultats. Tout cet effort pour seulement un maigre bénéfice!

Et je ne suis pas la seule personne qui pense ainsi. Beaucoup de livres de jardinage biologique restent étrangement muets sur le sujet du compagnonnage des plantes… on sent que l’auteur est trop gêné par en parler. Et l’ancien éditeur en chef de la prestigieuse revue Organic Gardening, Mike McGrath, n’a-t-il pas écrit (ma traduction) que le compagnonnage était «un sujet rempli de plus de folklore, d’espoir, de mauvaise information et tout simplement d’exagération que presque tout autre dans le monde du jardinage»? Voici le texte au complet, en langue anglaise bien sûr, si vous voulez en savoir plus sur sa pensée: The Truth About ‘Companion Planting’.

C’est aussi mon point de vu sur le compagnonnage: on y trouve presque autant de fausses idées que de bonnes. Donc, oui, je pratique un compagnonnage logique, mais je ne suis plus le compagnonnage de Mme Rioux.

Publicités

6 réflexions sur “Compagnonnage végétal: mythe ou réalité?

  1. je ne regarde plus au compagnonnage, je fais seulement un roulement chaque année, si j’ai mis un légume qui a besoin de profondeur , tel que poireaux l’an d’après je met salade ou potiron , qui n’ont pas besoin d’autant de profondeur de sol . Cette année, dans les parterre de fleurs, j’ai intercalé des tomates, haricot, carotte . Cela est décoratif suivant les textures de chaque légumes et la beauté de différents tons de verts . Tout pousse a merveille.

  2. Nicole Bélisle

    Vos conseils sont tellement généreux et intéressants. De plus, la qualité de votre français m’impressionne beaucoup. Paroles de réviseure à la retraite! Un grand merci!

    • J’apprécie énormément votre commentaire. Tout ma vie de journaliste, j’ai pu compter sur des réviseurs pour parfaire mes textes et corriger les erreurs, mais avec un blogue, je n’ai plus ce filet de sécurité. Il est donc très encourageant d’entendre des commentaires positifs sur mon écriture de la part d’une réviseur! Merci!

  3. Geny

    Je suis très contente d’avoir lu cet article, car depuis quelques semaines, je me casse la tête pour essayer de combiner le compagnonnage et la rotation de culture tout en évitant la monoculture… Pas aussi simple que ça en avait l’aire au départ…

  4. Pour ma part, je ne fais pas du compagnonnage une religion, mais j’observe souvent ce qui pousse ensemble et je note si les plants semblent bien se développer les uns avec les autres. Cette année une étonnante trouvaille : du myosotis au coeur d’un plan de ciboulette.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s