Le côté sombre des vers de terre

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Photo: Wikimedia Commons

Les jardiniers nord américains sont si enthousiastes au sujet des vers de terre qu’il paraît un peu méchant de les désillusionner, mais il faut souligner que les vers de terre n’ont pas que de bonnes qualités.

La triste réalité est que les lombrics typiques de des jardins nord-américains sont tous des importés et qu’ils font beaucoup de dégâts aux milieux naturels en Amérique du Nord. En effet, avant l’arrivée des Européens, il n’y avait presque pas de vers de terre au-delà du 45e parallèle en Nord de l’Amérique du Nord (les espèces qui y vivaient autrefois ayant été éliminées par les glaciations)… et même les espèces du Sud du continent étaient moins «travaillants» que les vers de terre européens. Aujourd’hui on calcule que des 182 espèces de lombrics présents au Canada et aux États-Unis, 60% viennent de l’Europe et de l’Asie. Dans un jardin typique canadien, tous les vers de terre sont des espèces envahissantes.

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Une épaisse couche de litière forestière est typique des forêts nord-américaines.

La forêt nord-américaine a cependant évolué avec comme caractéristique une couche spécialement épaisse de litière forestière (couche de feuilles et d’autres détritus végétal en décomposition) et les espèces qui y poussent s’y sont acclimatées. Quand les vers de terre européens s’établissent dans une boisée, cependant, elles réduisent très rapidement l’épaisseur de la litière forestière. En redistribuant les nutriments, mélangeant les couches de sol et aérant le sol avec leur tunnels, ils changement complètement les caractéristiques du sol. Et en transportant une bonne partie des minéraux profondément dans le sol, les plantes de petite taille et les jeunes arbres ont du mal à les atteindre.

On estime que, dans une forêt sans vers de terre, il faut 5 ans ou plus pour qu’une feuille d’érable disparaîsse complètement; dans une forêt avec vers de terre, moins de 2 ans. On a remarqué que, dans les secteurs affectés, plusieurs espèces ne semblent plus pouvoir se régénérer comme auparavant: trilles, fougères, if du Canada et même le joyau de la forêt québécoise: l’érable à sucre (Acer saccharum). À la place, un érable introduit d’Europe et qui a donc évolué en la présence des lombrics, l’érable de Norvège (A. platanoides), semble en traîne de se tailler la place du maître dans la «nouvelle forêt nord-américaine» au détriment de notre arbre indigène. L’effet sur les animaux de la forêt (microbes, arthropodes, salamandres, petits mammifères, etc.) aussi est souvent désastreux.

En outre, les vers de terre mangent les racines des arbres – jusqu’à un quart des racines de chaque arbre par an ! – et contribuent aussi à briser la relation mycorhizienne qui doit normalement se créer avec les champignons bénéfiques, autant de stress supplémentaires pour les arbres de la forêt.

Que faire?

Heureusement pour notre environnement, on remarque que les vers de terre ne semblent pas pénétrer très loin dans la forêt à moins qu’on les distribue manuellement, car ils préfèrent les prairies artificielles qui sont nos arrière-cours. Ainsi, souvent le pourtour de la forêt est affecté, mais pas son centre… ou, s’ils l’envahissent, c’est très lentement, sur plusieurs décennies. Donc, si vous êtes un jardinier respectueux de l’environnement, mieux vaut ne pas introduire exprès des vers de terre dans un milieu boisé. Et pêcheurs, pour l’amour ne libérez pas vos surplus de vers de terre dans une forêt naturelle!

Une fois que les vers de terre ont infesté un secteur, il n’y a aucun moyen de les éliminer. Si vous avez un peu de forêt naturelle dans votre cour, vous pouvez toutefois aider à épaissir la litière forestière et donc à encourager les espèces indigènes en prenant l’habitude de ramasser les feuilles tombées ailleurs (sur l’entrée, le gazon, etc.) et de les déposer dans le secteur boisé. C’est un geste d’apparence anodine, mais qui peut faire toute une différence à une forêt sévèrement mal menée.

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7 réflexions sur “Le côté sombre des vers de terre

  1. Merci de publier de telles vugarisations scientifiques Mr. Hodgson, je suis confondu devant l’élaboration de ces propos, car il est vrais que l’introduction de variétés quelle quelle soit change le biotope indigène d’une région. Par contre, faudrait ajouter des variantes à certains chapitres de savoir aux études générales, le fait des pluies acides sur nos écosystèmes depuis les années 60 qui sont peut être un plus grand facteur pour nos biotopes anciens. Oui les vers sont de formidables transformateurs de biomasse et il serait mieux de les garder près de nous et les faire travailler plutot que nos tracteurs.

  2. ben, notre gang du forum de fleur plantes et jardin on a décidé que les vers de terre sont des jardiniers extrêmement utiles, qu’on les aime pis que tant pis si des études disent des choses méchantes sur eux, nous on les aime! 🙂

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