Peut-on se fier aux zones de rusticité indiquées sur les étiquettes?

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Coreopsis ‘Limerock Ruby’: la plante qui a fait découvrir le pot aux roses de l’absence de vérification des zones de rusticité des nouvelles introductions.

En 2002, j’ai acheté un très joli coréopsis à fleurs rouges, ‘Limerock Ruby’ (Coreopsis ‘Limerock Ruby’). C’était la première fois que je voyais un coréopsis rouge (jaune est la couleur habituelle de ce genre) et j’ai été très satisfait des résultats tout au long de l’été: la plante n’a pas arrêter de fleurir, produisant un nuage de fleurs rouge rubis de juillet à septembre. Comme la plante portait une étiquette indiquant que sa zone de rusticité était 4 et que justement je vis en zone 4, je m’attendais à la voir réapparaître au printemps suivant. Mais non: elle n’a pas repoussé. Bon, me suis-je dis, peut-être que mon emplacement était un peu trop humide ou encore un campagnol l’avait peut-être dévoré…

 

Mais, au cours de l’été 2003, un véritable tollé s’est élevé à travers l’Amérique du Nord. Presque tous les jardiniers avaient perdu leurs plantes de ‘Limerock Ruby’! Et très vite le chat est sorti du sac: on a su que personne n’avait vérifié la rusticité de cette plante, qu’on avait présumé que c’était une plante de zone 4 parce que la plupart des coréopsis sont rustiques dans cette zone. Aujourd’hui le coréopsis ‘Limerock Ruby’ demeure disponible, mais les pépinières sages ont modifié l’étiquette qui indique maintenant zone 7b à 10… ou encore, elles la vendent comme annuelle.

Trop vite sur le marché

Voilà un incident assez extrême, mais néanmoins révélateur. qui expose un petit secret que l’industrie horticole essaie de cacher aux jardiniers amateurs: qu’on ne peut pas toujours se fier sur la zone de rusticité qui paraît sur l’étiquette.

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Les nouveautés horticoles sont produites par culture in vitro sans attendre qu’on vérifie leur zone de rusticité véritable.

De nos jours, notamment grâce à la culture in vitro, qui permet d’obtenir des dizaines de milliers de plantes identiques à partir d’une seule cellule, il est possible de produire une plante en masse bien avant qu’on connaît son comportement véritable.

 

Autrefois, quand on multipliait les plantes uniquement par division ou par bouturage, on disait qu’il fallait environ 20 ans entre la création d’un nouvel hybride de hosta, par exemple, et son lancement sur le marché. Or, au cours de 20 ans, on a le temps de faire des vérifications. Aujourd’hui, un nouvel hosta, échinacée ou spirée arrive souvent sur le marché avec 2 ans de vécu seulement. Très peu, voire aucune, des nouveautés horticoles que nous voyons au printemps ont été testées adéquatement quant à leur rusticité.

D’ailleurs, de nos jours, beaucoup de pépinières productrices ne vérifient plus du tout la rusticité des plantes quelles vendent. Pour se protéger des critiques, plusieurs mettent tout simplement «zone 5» sur toutes les nouveautés qu’elles introduisent, zone 5 étant une zone à peu près neutre pour une plante vivace. D’autres mettent «zone 6» pour encore plus de sécurité. C’est très décourageant pour un jardinier comme moi qui vit dans une région plus froide que la normale, car on a l’impression que presque aucune nouveauté horticole ne sera rustique. Et pourtant, beaucoup de ces végétaux sont véritablement rustiques en zone 4, zone 3 ou même zone 2.

L’inertie règne

Même quand une plante a un certain vécu, assez pour qu’on en sache davantage sur sa rusticité, son étiquette continue souvent de mentir. D’abord par inertie: quelqu’un à la pépinière grossiste doit réellement juger ce détail important. Après tout, la zone de rusticité fait rarement scandale comme c’était le cas pour le coréopsis ‘Limerock Ruby’. Or, le gros au marché horticole mondial des plantes de climat tempéré est dans les zones USDA 5 à 8 (zones AgCan 6 à 9), là où vivent la vaste majorité des jardiniers européens et américains. Le marché du Canada, essentiellement composé des zones AgCan 1 à 6, n’est qu’une goutte d’eau dans la mer. Essentiellement, on se fout des besoins des jardiniers de région froide. Aussi, changer une étiquette impliquerait des coûts. Ainsi, même des années après qu’on découvre qu’une plante est bien plus rustique qu’on le pensait, l’étiquette continue de sous-estimer sa rusticité.

D’ailleurs, si vous vivez au-delà de la zone AgCan 6 (zone USDA 5), soit dans les zones 1, 2, 3, 4 ou 5, c’est réellement comme si vous n’existiez pas. À part de quelques pépinières nordiques qui font leurs propres expériences et parfois certaines études gouvernementales, personne ne vérifie le comportement des plantes dans ces zones. Quand j’écris des livres de jardinage, je dois vérifier la zone de rusticité des plantes non pas dans les catalogues des pépinières ou des livres (la plupart répètent plutôt ce qui disent les pépiniéristes grossistes américains ou européens), mais soit à travers mes propres expériences de jardinier de zone 4, soit par les contacts que j’ai avec des jardiniers dans ces zones plus froides.

D’ailleurs, ce n’est pas que la zone de rusticité qui est souvent inexacte sur les étiquettes. Toute information inconnue lors du lancement d’une plante aura tendance à continuer à paraître sur l’étiquette de la plante ad vitam aeternam. Combien d’étiquettes du physocarpe ‘Diabolo’ (Physocarpus opulifolius Monlo), un arbuste très populaire, continuent d’afficher une hauteur de 1,5 m alors que n’importe quel jardinier amateur vous confirmera qu’il atteint facilement 3 m! Voilà l’inertie à l’œuvre!

Zone USDA ou zone AgCan ?

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Carte des zones de rusticité d’Agriculture Canada: les zones indiquées ne correspondent pas exactement aux zones de rusticité américaines (USDA).

Un autre facteur qui vient brouiller les cartes dans l’étiquetage est la différence entre les zones de rusticité américaines (USDA) et canadiennes (AgCan). Il y environ une zone de différence entre les deux, car les deux pays n’utilisent pas les mêmes critères pour concevoir leur carte des zones de rusticité. Ainsi, une plante de zone USDA 4 est en fait de zone 5 dans le système canadien. Et une zone USDA 5 est en réalité une zone AgCan 6. Donc, quand vous lisez un livre de jardinage américain, il faut mentalement ajouter 1 au chiffre indiqué pour obtenir la bonne zone.

 

                     USDA        AgCan

                         1                 2

                         2                 3

                         3                 4

                         4                 5

                         5                 6

                         6                 7

                         7                 8

                         8                 9

                         9               10

Pour trouver la zone canadienne, ajoutez 1 à la zone américaine.

Tant que c’est juste une question de livres, le calcul est facile à faire: ajoutez 1 à toutes les zones si vous lisez un livre américain; n’ajoutez rien si vous lisez un livre canadien. Mais saviez-vous que plusieurs pépinières canadiennes utilisent les zones américaines sur leurs étiquettes? Après tout, si elles indiquent zone 6 (AgCan) sur une étiquette, elles perdraient des ventes, car la zone 6 couvre relativement peu de territoire au Canada. Une zone 5 (USDA) rassurera davantage la clientèle. Donc, doivent-elles se dire, allons y avec la zone la plus avantageuse pour la vente. Je suis convaincu que la plupart des jardiniers amateurs ne soupçonnent pas du tout que, à la mort d’une plante supposément rustique dans leur zone, mais qui ne l’est pas en réalité, la faute n’est pas la leur. Après tout, l’étiquette doit bien dire la vérité, non?

Le résultat est que, le jardinier canadien averti qui voit une zone 4 ou 5 sur une étiquette ne sait réellement plus s’il peut s’y fier ou s’il doit ajouter 1 pour obtenir la bonne zone pour ses besoins.

Un fouillis total

Que c’est triste! Ces zones de rusticité qui sont sensées aider les jardiniers à faire un choix raisonné de végétaux ont été tellement malmenées et abusées qu’on ne peut plus y faire confiance. Je vous suggère de vous fier plutôt à vos propres expériences et à celles de vos voisins plutôt qu’à l’étiquette: vous aurez sans doute beaucoup plus de succès!

Enfin, je me permets de prêcher pour ma paroisse. Dans mes livres, j’essaie de mettre toujours la bonne zone, même si je suis en désaccord total avec l’industrie horticole. D’ailleurs, je donne la zone toute crue, sans une «protection hivernale sous entendue» (autre truc des pépiniéristes pour éviter de se sentir responsable pour les échecs répétés de leurs clients). Donc, j’espère que mes livres pourront vous être utiles quand vient le temps de choisir des plantes assez rustiques pour votre jardin.

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3 réflexions sur “Peut-on se fier aux zones de rusticité indiquées sur les étiquettes?

  1. Martine Frobisher

    Bonjour J’essai d’inscrire ma mère à votre info-lettre mais je n’arrive plus à trouver l’endroit sur votre site pour s’inscrire à votre info-lettre. Pourriez-vous me diriger?

    Merci

    Sent from my iPad

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