Se rappeler les noms botaniques

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20150127Pour les novices du jardinage, l’utilisation des noms botaniques, à  la résonance latine ou grecque, paraît souvent rébarbative. Pourquoi ne pas se limiter au nom commun? Mais, à force de rencontrer les noms latins sur une base régulière, on se prend à commencer à les apprécier. Ils sont souvent évocateurs ou sont parfois très près du français, puisque le latin et le français sont des langues romantiques. Mais avant tout, ils évitent toute confusion. Après tout, plusieurs plantes peuvent partager un nom commun, mais chaque plante n’y a qu’un seul nom latin.

Je suis pris avec ce problème tout le temps dans les courriels que vous m’envoyez. Un lecteur veut savoir quelque chose au sujet d’un «mille fleurs»… et je ne peux répondre. Il y a des dizaines de plantes qui s’appellent mille fleurs (Impatiens, Lantana, Begonia, Aster, etc.). Le nom «sabot de la vierge» évoque une orchidée (Cypripedium) pour certains, mais une vivace appelée Aconitum pour d’autres. Le «tabac du diable» peut être Symplocarpus foetidus, Arctium lappa ou Verbascum thapsus dans différentes régions de la francophonie. Ou même Cannabis sativus! Même le mot «lilas», que nous utilisons dans les zones tempérées pour le grand arbuste à floraison parfumée (Syringa) s’applique plutôt à Ceanothus, un grand arbuste sans le moindre parfum, dans des pays plus chauds où les Syringa ne poussent pas. Et ainsi de suite. Les noms communs sont un vrai tour de Babel!

Par contre, même en voyage à la fin fond du monde, vous arriverez à vous faire comprendre d’un jardinier parlant l’ouzbek ou le japonais si vous connaissez le nom botanique, car il est international.

Si facile

Les gens semblent souvent surpris que j’utilise les noms botaniques avec tant d’aisance, mais en fait, en plus de la pratique (je suis plongé dans l’horticulture à cœur de jour!), si je me rappelle si facilement les noms botaniques, c’est que j’ai appris à les comprendre. Non pas que je puisse converser en latin, mais à force d’être en contact avec les noms botaniques, j’ai appris un peu de vocabulaire latin. Pour moi, par exemple, il est évident que alba veut dire blanc, rubra veut dire rouge, nigra veut dire noir, cyanea bleu, flava jaune, purpurea pourpre, aurantiaca orange, argentea argenté, etc. Et je suis convaincu que plusieurs autres lecteurs ont compris sans peine au moins un mot ou deux de cette liste. Aussi, si j’entends le mot prostrata, on n’a pas besoin de me dire que la plante pousse de façon prostrée, que grandiflora indique que les fleurs sont grandes, que nana veut dire nain, etc.

Certains mots sont plus obscurs, mais ont du bon sens quand on les comprend : j’ai appris avec le temps que dendron veut dire arbre. Donc Rhododendron veut dire arbre rose (rhodo), Philodendron veut dire «qui aime les arbres» (de philo pour amour), car le philodendron grimpe sur les arbres, Toxicodendron veut dire arbre empoisonné, etc. Et quand vous savez que anthus veut dire «fleur», tout d’un coup des noms incompréhensibles comme Dianthus, polyanthus et Helianthus s’éclairent. En effet, Dianthus veut dire «fleur des dieux» (dius veut dire dieu), polyanthus, fleurs multiples et Helianthus, fleur de soleil (de helios, soleil) pour la plante que nous appelons tournesol, girasol ou soleil (encore des noms communs multiples!). Dracocephalum aussi ne paraît pas avoir un sens, mais quand vous saisissez que draco veut dire dragon et cephalum tête, on comprend que cela évoque la forme de la fleur, en forme de tête à dragon. Ainsi la majorité des noms botaniques ont un «sens» quelconque et quand on le comprend, il est plus facile de se rappeler du nom.

Des noms honorifiques

Quand le nom latin n’a pas de sens générique, souvent c’est parce qu’il est honorifique. Ne cherchez pas le sens de Gaultheria, par exemple : ce n’est même pas un nom latin, mais plutôt du français latinisé, car le nom honore le botaniste québécois Jean-Pierre Gaulthier. Tout comme Bougainvillea honore Louis-Antoine de Bougainville, l’aide-de-camp du Marquis de Montcalm et Begonia honore Michel Bégon, gouverneur de la Nouvelle-France. Il existe même un Ligularia hodgsonii, nommé non pas pour moi, mais le botaniste britannique Bryan Houghton Hodgson.

Souvent les noms honorent non pas des humains, mais des figures de la mythologie. En effet, qui ne comprend pas que Narcissus, Hyacinthus, Iris, Daphne, Adonis, Cassiope et Andromeda ont des liens avec la mythologie grècque? D’ailleurs, il y a une belle légende grecque derrière chacun de ses noms!

Si vous voulez connaître le sens d’un nom botanique obscur, je vous dirige vers site Botanary. Ce site est formidable, pour autant que vous comprenez un peu l’anglais. Il y a une case où on tape le nom et, 9 fois sur 10, on vous donne la définition. Exemple: Si je tape Rudbeckia, voici la définition que je reçois: Named for Olof Rudbeck and his son (also Olof), 17th century Swedish botanists. Maintenant, l’histoire des Rudbeck est bien encrée dans ma tête et je n’oublierai plus le nom. Essayons Hemerocallis. On dit: beautiful for a day (beau pendant une journée). C’est logique, la fleur ne dure qu’une journée.

Il existe quelques sites en français qui donnent des définitions botaniques, mais aucun n’est aussi performant que Botanary.

Des trucs mnémoniques

Parfois, quand la référence est plus obscure mais je veux retenir le nom, j’en fais un jeu de mots. Verbena bonariensis veut en fait dire la vervaine de Buenos Aires, mais pour moi, ce sera toujours la vervaine bonne-à-rien. Episcia est «épicé», Houttuynia est hautaine, Phacelia est facile, Petasites est un parasite (il est envahissant), etc. Ces petits jeux de mémoire, qu’on appelle aides mnémotechniques (à noter que la plupart des noms latins sont plus faciles à retenir que le mot «mnémotechnique»!), font que les noms botaniques me viennent facilement à l’esprit.

Essayez vous même! Je vous donne 3 noms botaniques qui n’ont pas a priori de sens immédiat : Papaver (coquelicot), Malus (pomme), Syringa (lilas). Essayez de les prononcer, de les imaginer, puis de trouver un mot qui aurait un sens pour vous : quand vous l’aurez fait, vous verrez, vous ne les oublierez plus.

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2 réflexions sur “Se rappeler les noms botaniques

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